Ici gisent des considérations pas forcément agréables à aborder, voire taboues, mais oh combien indispensables !

Le sujet est bien connu et fait l'objet de perpétuels débats aussi bien philosophiques que politiques. Même que les religions s'en mêlent. Mais peu de personnes n'osent poser clairement les problèmes, et encore moins prendre les décisions qui s'imposent.

 

               S'il vous plaît, j'ai plutôt réussi ma vie, laissez moi réussir ma mort !

 

 

 

 

 

Abordons le problème sur le plan humain :

 

Nous mourrons tous un jour ! Certains, notamment ceux qui accumulent des biens jusqu'à la fin de leur vie, ont tendance à l'oublier. D'autres ne veulent pas le voir. Pourtant ce n'est qu'une question de temps. Notre passage sur terre est des plus brefs. Lorsque on regarde des films du début du 20è siècle, tous les personnages, sans exception, sont morts maintenant. J'ai soixante ans. Parmi les humains qui partageaient cette terre avec moi à ma naissance, combien en reste-t-il ? 20 % ? Donc, cette mort, il faut l'accepter et la regarder en face.

 

La souffrance physique ou morale est pire que la mort. Bien sûr, s'il y a une bonne probabilité que cette souffrance disparaisse et qu'on reprenne une vie normale, il est bienvenu de s'accrocher. Mais dans le cas contraire, à quoi bon ? On mourra un peu plus tôt ? Et alors ? Les animaux qui vivent chez des humains humains, on ne les laisse pas souffrir s'il n'y a plus d'espoir de guérison. On « les pique ». Par contre, un humain, il doit souffrir, lui. Et Jusqu'au bout ! Ton chien est, sur ce plan, mieux loti que toi !

Et qu'on ne me dise pas : « mais de nos jours, mon bon monsieur, on ne souffre plus ! ». Désolé : j'ai vu telle personne étouffer pendant plusieurs jours, à rechercher désespérément des goulées d'air, avant de mourir. J'ai vu le désespoir de ce proche atteint d'un cancer et qui sombrait inéluctablement. Et puis moi qui vous parle, moi qui ai toujours croqué la vie à pleines dents, en toute possession de mes moyens, vous croyez vraiment que je supporterai moralement de me voir diminuer, me rabougrir, ne plus pouvoir mettre un pied devant l'autre ?

Ok. On arrive à diminuer certaines douleurs physiques. Mais pour les autres douleurs, on a des solutions ?

 

Parlez-en à n'importe quel médecin. Il vous dira :

- Je suis là pour soigner, pas pour tuer.

- Heu... un peu d'humanité, ça vous étoufferait ?

Parlez-en aux juristes, aux gouvernants :

- C'est très délicat, l'euthanasie. Ca peut conduire à tous les excès. Imaginez un gouvernement totalitaire …

- Oui, c'est délicat. Mais vous êtes la pour ça, non ? Pour étudier des textes de lois qui permettent d'éviter ces excès.

A mon sens, ne pas prendre la décision d'abréger une vie est une grande lâcheté.

Bon, on a parlé de l'aspect humain, mais il n'y a malheureusement pas que ça regardons maintenant

 

 

 

L'aspect financier :

 

La santé coûte très cher, et même de plus en plus cher. Le trou de la sécu ne fait qu'augmenter. Alors on dérembourse à la pelle des médicaments. On ne comprend pas. On essaie de culpabiliser les citoyens : vous prenez trop de médicaments. Vous coûtez trop cher. Maintenant, quand je vais chez un toubib (lorsque j'arrive à en trouver un qui veut bien me prendre en charge), je me sens limite coupable.

Et encore, mes moyens me permettent de supporter les « dépassements d'honoraires », les médicaments indispensables mais non remboursés.

Mais combien de Français ne vont pas consulter parce qu'ils n'en ont pas les moyens ? Combien se retrouvent dans la détresse sanitaire parce qu'ils n'ont pas soigné le mal dès le début, qu'ils ont trop attendu ? De plus en plus de Français n'ont pas accès aux soins pour des raisons financières.

 

D'un autre coté, s'acharner à maintenir des gens en vie le plus longtemps possible alors qu'ils sont condamnés coûte aussi très cher. Ma grand mère avait 91 ans quand la maladie d’Alzheimer bien développée, ajoutée à certains problèmes physiques, l'a condamnée à vivre en milieu spécialisée. Elle était malheureuse comme une pierre. Trois fois par semaine, un médecin passait. 5 minutes de consultation, 2500 F (3600 €) de médicaments, sans oublier les honoraires du médecin. Il a réussi à la maintenir en souffrance encore deux ans. Bravo !

Combien de personnes très âgées sont dans des situations similaires ? Combien y en aura-t-il dans vingt ans ?

 

La constatation s'impose : on dépense des fortunes pour faire souffrir des malades sans espoir de guérison et on ne soigne pas d'autres malades qui pourraient guérir, faute d'argent.

 

Conclusion : sur le plan financier, on n'a pas le choix : il faut faire des choix !

 

Le choix de base est de ne pas s'acharner sur des patients qui ne le veulent pas. Sur le plan humanitaire, c'est un réconfort pour tous ceux qui, comme moi, sauront qu'ils ne souffriront pas des années. Et sur le plan financier, ça permet de dégager des sous pour les personnes à soigner.

 

 

 

 

 

Solution proposée :

Le problème est délicat sur le plan juridique et je ne suis pas compétent dans ce domaine. Le principe de base doit être de respecter la volonté de chacun sur le choix de sa mort.

 

La méthode que j'imagine serait la suivante :

Un fichier informatique tenu par des instances judiciaires.

Chaque citoyen aurait la possibilité de s'inscrire (ou pas) sur ce fichier en indiquant les causes pour lesquelles il souhaiterait qu'on abrège sa vie. Dans mon cas, si je dois me retrouver tétraplégique ou aveugle, ou dans un coma irréversible (ils souffrent peut-être, les gens dans le coma), ou à l'état de légume, surtout messieurs les sauveteurs ou médecins, offrez moi une mort rapide et indolore.

L'inscription sur cette liste doit être vérifiée, par une convocation de la personne concernée au tribunal par exemple.

La désinscription de cette liste doit pouvoir être faite à tout moment par la personne concernée.

 

En cas d'accident ou de problème de santé brutale comme un AVC, les secouristes doivent avoir accès à ce fichier pour voir si le patient n'en fait pas partie, et ensuite prendre la décision adaptée.

 

Bon, ce n'est qu'une piste de réflexion...

 

 

Pendant que j'y suis, un message pour mes proches : si vous apprenez demain que je suis mort brutalement et sans souffrir, séchez vos larmes : j'ai bien vécu et je préfère mille fois cette mort à une qui surviendrait plus tard mais dans la souffrance.